Ecrivez sur un lieu du livre dans notre cité

Appel à création / Rappel aux écrivants et avis de prolongation de partie

Votre lieu du livre dans notre cité peut être imaginaire ou réel, privé ou public, constitué d’une simple étagère ou de rayonnages vertigineux, un endroit où vous rencontrez des livres. Les libraires de Montauban vous invitent à le mettre en scène pour évoquer un souvenir, inventer une histoire, sous la forme de votre choix : nouvelle, lettre, poème, conte, sketch, bande dessinée… de 3 lignes, jusqu’à 3 pages.
Sur ce même thème, nous invitons également dessinateurs, peintres, photographes, réalisateurs de vidéo à participer à cette aventure collective.

Après sélection, vos créations seront exposées dans nos librairies, projetées, lues ou interprétées à la bibliothèque de Montauban.

Déposez vos créations chez votre libraire ou adressez-les à l'Alma par courriel (lien ci-dessous) ou postez vos textes dans la zone de message ci-dessous.
Date limite des dépôts prolongée jusqu'au samedi 18 septembre 2010

Présentation vidéo : http://montauban.com/Article/23/2900/A_vous_d_ecrire.html

Avec l'ALMA, dans les librairies et à la bibliothèque de Montauban.


04 septembre 2010 18:34
Je vous ai adressé un texte qui ne figure pas dans les textes publiés sur votre site. Le voici donc à nouveau. J'ai pensé à un nouveau titre "Mon cabinet de lecture" plutôt que "Où lis-je ?". Voici donc à nouveau ce texte avec le titre :

Mon cabinet de lecture
Pour moi la lecture est un plaisir solitaire. Il est donc essentiel que je sois non seulement à l’écart de la foule mais aussi de toute personne, aussi proche soit-elle. Ainsi les bibliothèques, même les plus accueillantes, ne sont pas pour moi des lieux propices à la lecture. De même je n’ouvre pas un livre dans les transports en commun, ni dans les lieux fréquentés tels que parcs, jardins et autres bancs publics, pour ne rien dire des manèges où certains tentent de faire les quatre cent coups...
Rien ne doit distraire mon regard de la page sur laquelle il reste ancré. Les murs sont donc d’une couleur uniforme, de préférence blanche, sans qu’aucune aspérité ne vienne accrocher mon regard si, par pur hasard, en raison d’une distraction, d’une lassitude ou d’un effort trop important, il s’y aventurait.
Il m’arrive de lire à haute voix certaines phrases pour mieux en apprécier la texture, la sonorité, le rythme. Ayant le plus grand respect pour l’oreille de mon prochain il convient que l’endroit soit sinon insonorisé à tout le moins isolé.
J’aime lire assis, non pas dans un fauteuil moelleux où les paupières risqueraient de ne plus s’ébattre à la moindre langueur textuelle, mais sur un socle relativement dur et inconfortable qui permet au corps de ne pas se laisser entraîner dans les bras tentateurs de Morphée.
Pour savourer ma lecture je dois être serein, tel l’oiseau dans sa cage. Oui, l’enfermement est de nature à permettre l’évasion que constitue la lecture.
Vous l’aurez compris c’est dans ce lieu improprement dit d’aisance que je connais mes plus intenses plaisirs de lecture.

H. Asdow


Henry Asdow

03 septembre 2010 11:20
Sois libre erres ris

Arboretum

Vaisseau de châtaignier surplombant les coursives
L'escalier patiné s'élève; arcs-boutants.
Des chefs-d'œuvre anciens grignotés par le temps,
Trompe-l' œil . Au plafond veille Erato, pensive.

Ainsi va l'arche d'or ; le temps fait une pause
Crissement du parquet, le lecteur se repose.
Des titres accrocheurs arrêtent le regard
L'œil devine l'écho de ses songes épars.

Froissement du papier ; passant, tourne la page...
Le livre de l'été ! L'envie guide les choix.
Un concert intérieur, chœur aux multiples voix,
Un tourbillon de mots impose ses images.

Légère poésie, nuées, nectar de l'âme
Grave philosophie de penseurs affairés ;
Polars récréatifs, les neurones s'enflamment
Plume de voluptés, fantasmes oubliés.

Arbres verts de la vie, Verbe créant les êtres...
Formules ta question ; tu pourras entrevoir
Cet arbre novateur, le relais du savoir.
Superbe librairie, réponse à des peut-être.

En ce lieu singulier, forêt initiatique,
De l'arbre vers le fruit goûtes l'instant magique;
Tu capteras ces fruits délicats à l'aurore
Au coeur des parchemins t'avanceras encore...

Tel propos d'un Ancien te donnes à comprendre:
Chacun peut s'abreuver à sa « Carte du Tendre» .
Prends la main inconnue que découvre ta route
Tu chasseras ainsi, peut-être quelque doute.
Elie Baysse

03 septembre 2010 11:19
A propos d'une librairie montalbanaise

Que de fricots ont dû mijoter dans l'âtre de telle ou telle chaumière ! Maintenant le voilà, bien joufflu et rondouillard, pendu à une potence et se balançant au gré du vent.
Il invite à venir se régaler de la soupe aux livres dans cette librairie d'un genre unique, ce gros chaudron ventru, à l'allure bon enfant.
Dès que l'on en franchit le seuil, on est surpris et comme envoûté. Les dimensions de cet univers en sont d'autant plus réduites que les murs sont tapissés, du sol au plafond, de volumes, de toutes dimensions ; livres promis à la vente, voire ces incunables précieusement à l'abri dans une vitrine et réservés aux passionnés de vieux caractères et que l'on ne consulte qu'avec des gants.
La plupart d'entre eux pourrait réjouir les gourmets de littérature, d'art, de sciences, d'histoire ou de religions, de culture en général.
Ils sont brochés ou reliés en peau de chagrin, cuir grenu bleu, noir ou isabelle dont la patine révèle l'ancienneté, tels ces dictionnaires dans les rayonnages à droite de l'entrée, face au comptoir en bois façonné muni de plusieurs tiroirs-caisses. Ils sont là, comme pour nous accueillir, rappelant qu'ils peuvent, en quelques définitions, satisfaire notre curiosité.
Puis on poursuit, voulant tout goûter de ce brouet : les passionnés d'ésotérisme trouveront matière à réflexion dans la kabbale et autres traités sur les symboles ou la numérologie; la cohabitation se fait tout naturellement avec les ouvrages sur la ou les religions: il n'y a pas antinomie, pas plus qu'avec la littérature moderne qui les côtoie.
On est tenté de s'arrêter, de prendre racine ici ou là, comme aimanté par tel ou tel auteur, et, d'un œil avide on parcourt quelques lignes, une page ou plusieurs du livre recherché depuis si longtemps et, qu'enfin, on peut posséder.
Comme un rat de bibliothèque, on continue saluant au passage tous ces livres qui nous font signe pour faire leur connaissance et, déjà, les envisager chez soi.
Plus loin, on est arrêté par un imposant totem en bois à l'allure anthropomorphique, véritable sentinelle à l'entrée de l'impasse « Marcel Aymé ». Le clinquant de la plaque bleue émaillée indiquant le nom de l'impasse est presque anachronique dans ce cocon d'un autre âge réservé aux gourmets de soupes aux mille saveurs.
Qu'y-a-t-il dans cette impasse dont on n'ose pas franchir le seuil ? Sûrement d'autres livres, trésors de la pensée humaine et l'indispensable ordinateur pour la charmante libraire qui confectionne cette opulente et merveilleuse soupe dans: « La soupe aux livres».
Nelly Boucheron Seguin

31 août 2010 08:58
Nous avons reçu ce texte :

Le sanctuaire des livres

J’adore cet endroit, il y fait toujours frais, une fraîcheur presque irréelle qui reste la même les douze mois de l’année. Sur une teinte de renfermé, on sent l’odeur du cuir de certains vieux livres, avec leurs titres écrits sur le dos en lettres d’or, mélangé à celles du papier et de l’encre des imprimeries. Tous les sens y sont en éveil, outre l’odorat, l’ouïe y est accrue car le silence y est roi. Tous les sons de la ville sont atténués, tellement qu’on oublie être au coeur du centre de l’agglomération et on se croirait dans un sanctuaire. Toutes ces sonorités se perdent dans les rayonnages qui encombrent chaque mur et espace. Cet amoncellement de livres organisé en rayonnages linéaires impressionnants offre à notre vue une vision de l’infini et de puissance également. On s’y sent bien même si au fond de soi on est impressionné. Comment ne pas avoir l’impression d’être tout petit et bien peu de chose parmi tout ce savoir accumulé au fil des siècles, le murmure des pensées humaines et de milliers de vies réelles ou fictives… Toutes les connaissances de l’humanité sont ici représentées, des plus quotidiennes aux plus nobles. Cela est écrasant parfois, tellement qu’en y passant je dois retenir mon souffle quelques instants. Que serions-nous sans ces rayonnages ? Aurions-nous pu quitter la préhistoire si l’écriture ne nous avait pas donné l’opportunité de prendre conscience de nos erreurs passées et fourni un moyen fiable de nous remémorer les savoirs et savoirs-faires acquis jusqu’à nos jours ?
Il y fait sombre comme pour créer ou accroître cette intimité partagée avec les auteurs qui nous livrent leurs pensées profondes et même les plus intimes parfois. Pour ne pas briser le charme, on aurait envie de s’installer sur une table et de nous éclairer de la simple flamme d’une bougie afin d’entourer ces mots que nous lisons d’un halo de lumière propre à ce type d’éclairage, si ceci n’était pas aussi dangereux pour les ouvrages si chers et précieux à mon coeur tels qu’ils devraient l’être pour toute l’humanité tant ils sont importants à notre civilisation.
Marie PHILIP

29 août 2010 13:12
Les salles d'attente.

Est-ce que vous connaissez le réflexe de la lecture ? Je veux parler de cette espèce d’automatisme qui oblige les gens qui savent lire à déchiffrer tout ce qui est imprimé. J’ai remarqué comment, certaines personnes qui savent et qui aiment lire se saisissent de tous les journaux ou livres qui traînent ici ou là, pour en parcourir les titres. Brièvement. Très brièvement, souvent. Mais, pour un lecteur, passer à côté d’un journal ou d’un livre sans savoir de quoi ils parlent est inconcevable.
Par jeu ou par curiosité, j’ai souvent laissé traîner des journaux dans un endroit de passage pour noter qui lisait ou, plus simplement, qui était curieux.
J’ai, depuis toujours, partagé l’humanité en deux : les lecteurs curieux et les autres. Et j’ai souvent pu vérifier que les premiers allaient plus loin et plus vite que les autres. Plus facilement aussi car la lecture permet d’apprendre, certes, de se divertir mais aussi d’attendre et d’oublier.
Attendre son tour chez le dentiste ou au guichet des cartes grises à la Préfecture n’est plus une corvée insupportable si nous sommes en compagnie, par exemple, du comte de Monte-Cristo. Pour ma part, j’oublie très vite mes voisins bruyants, la chaleur et l’inconfort des sièges pour partager le silence et l’inconfort du château d’If avec son abbé Faria.
Aussi, ai-je, tout le temps, un livre dans mon cartable. Et pour moi, tous les endroits sont bons pour la lecture.
Tous ? Non, pas vraiment quand même. Il y a quelques restrictions : je ne lirai sûrement pas au fond d’une mine ou sur le terre-plein d’une autoroute. Mais je suis toujours accompagné par un livre. Ce livre, qui n’est pas toujours le même, me permet de scander mes journées par quelques minutes de calme et de réflexion.
En écrivant cela, je pense à l’Angélus d’autrefois. L’Angélus sonnait deux fois par jour, je crois, et ceux qui l’entendaient devaient s’arrêter pour un moment de recueillement. Je crois qu’il est bon de s’arrêter de temps en temps. De quitter la frénésie ambiante pour quelques secondes de calme. Voilà, c’est cela : je lis aujourd’hui comme autrefois on récitait l’Angélus !
On n’entend plus l’Angélus à MONTAUBAN. Ce n’est peut-être pas très grave car la ville, heureusement, n’est pas en reste pour les livres.
Il y a, bien sûr, les libraires.
Impossible de les oublier, ceux-là. Moins nombreux que les salles de cinéma. Trente fois moins nombreux que les cafés et les bars. A la fois isolés et originaux. Originaux, car dans un commerce agité et agressif, ils s’obstinent à faire perdurer des gestes et des attitudes apparus avec Gutenberg.
Quelle que soit la librairie, entrer dans un de ces magasins est toujours, pour moi, une émotion. Les rayonnages, les livres qui attendent. La même quiétude de tous ces endroits, et puis il y a l’attitude des gens. Ce geste particulier, très doux et énergique, de la main qui happe un livre dans les doigts réunis en pince.
J’aimerais parler de la Bibliothèque Municipale qui est pour moi une sorte de résidence secondaire. J’ai retrouvé chez les conservateurs le même respect de l’objet-livre. Le même geste pour s’en saisir. Est-ce que nous allons comprendre que nous avons de la chance d’avoir un lieu aussi heureusement doté ?
Vous savez, peut-être, que j’ai deux petites-filles franco-anglaises. Pendant ses séjours en France, l’aînée m’appelle souvent ainsi : « Papy-France, viens t’asseoir à côté de moi pour me lire une histoire. » Lorsqu’elle parle ainsi, elle est souvent installée dans un fauteuil et me tend un de ses livres préférés en me disant, avec son délicieux accent anglais : « Tiens, c’est Dora l’exploratrice » ou bien « : « S’il te plait, lis-moi Martine ; » sans savoir - car elle refuse de l’admettre, allez comprendre pourquoi - que la collection de « Martine » est la collection de sa maman lorsqu’elle était enfant.
Et me voici parti avec Martine, son chien Patapouf, son papa, sa maman et la petite cousine. La gamine ne bouge pas pendant des quarts d’heure entiers. Elle écoute en suivant les images. Bientôt rejointe dans ce rituel par la petite soeur qui regarde sans bouger, elle non plus. Elle regarde, la toute petite, cette étrange alchimie qui relie le vieillard que je deviens et cette croquante soeur aînée.
Ce genre d’affaire ne s’arrête pas là. Un peu plus tard, je retrouve mes deux « bombinas » dans le même fauteuil. C’est l’aînée qui a pris ma place et montre à la petite soeur les images en les commentant. Sa petite soeur, qui n’a que deux ans, n’est plus là mais chez Martine. Tout comme moi, je me rends au château d’If en attendant mon rendez-vous chez le dentiste.
J’aurais aimé écrire une conclusion comme je les aime. Avec un petit gag amusant pour sourire. Au lieu de cela, je vais vous faire part de mes inquiétudes. Avec Gutenberg, la pensée a évolué. D’une manière favorable, sans aucun doute. Or, voici le numérique. Il est là, déjà omniprésent. Que va-t-il se passer ? Aurons-nous toujours des lieux de lecture ? Ou simplement l’envie de lire ? Saurons-nous sauvegarder ces moments enchantés où nous nous arrêtons pour lire un titre, un paragraphe ou un livre entier ?

Régis GRANIER

Régis GRANIER

29 août 2010 13:11
L’avis du livre



Si serré sur mon étagère, j’attends qu’on me délivre
Qu’un bibliomane à lunettes ait pour moi du béguin
Que je devienne pour lui son prochain bouquin
Car pour quelques écus, je suis prêt à le suivre

Si encore je pouvais me relire, pour oublier,
Fuir votre ignorance, quand on se croit singulier.
On peut-être le fils de Sagan ou de Malraux
Et souffrir parfois de votre indifférence à demi-maux

Que je sois Roman, Encyclopédie ou Que sais-je
Il se peut qu’une main experte me veuille
Je sens ses doigts sur moi, et voilà qu’elle m’effeuille
Ne pas lui offrir mon intimité, n’oserais-je ?

Je vénère mon lecteur depuis qu’il m’honore
Ma vie n’est plus la même, il me fait de l’effet
Je ne suis plus livre de librairie, mais livre de chevet
J’existe enfin, on me suit des yeux, on me dévore

On me fait connaître, on me prête, on s’attache
Je suis un de ces manuscrits que l’on s’arrache
J’appartiens à untel, à Monseigneur l’évêque
Mon âme a sûrement une valeur intrinsèque

J’aurais préféré vivre en bibliothèque, pour y être fréquenté
Avoir le coeur à l’ouvrage, une meilleure retraite
Jouissance abstraite d’une vie insatisfaite
Tourner la page est difficile, je vais être brocanté.

Mais le pire viendra peut-être : la foire aux livres
Moi qui aie connu la gloire, comment y survivre ?
Pour sûr, j’ai vieilli, jauni, mais je suis optimiste
S’il m’était donné de connaître un bouquiniste

Quel grand malheur s’il me manquait une ou deux pages
Jamais plus vous ne me verriez sur quelques rayonnages
Dommage, car j’ai connu tant de liseurs ravis,
Je n’en ferai pas un roman, je vous donne mon avis !


A.Sangoï
webmaster

27 août 2010 10:43
nous avons reçu ce texte :

A l'air libre

« La gaîté manque au grand roi sans amours;
La goutte d'eau manque au désert immense,
L 'homme est un puits ou le vide toujours recommence. »

Victor Hugo in « Les contemplations, A ma fille»

J'ignorais qu'en voulant répondre au jeu « Ecrivez sur un lieu dans notre cité », j'allais aussi me prendre au jeu. Ce doit être toutes ces rencontres autour du livre, toutes ces personnes qu'elles soient femmes ou bien hommes qui m'ont permis d'oser. Il y a d'abord eu le choix du titre. Un titre permet de nommer un écrit. Le titre le plus juste devrait être « air libre » mais j'ai choisi « A l'air libre ». C'est assurément à l'air libre, le lieu du livre, à l'air libre de chaque cité, pour chaque être parlant, pour vous, pour moi, pour lui, pour elle. Un titre sert aussi la raison à invoquer : c'est à juste titre que vous avez écrit... Alors, c'est peut-être à juste titre que je tente cet écrit mais je ne sais pas encore quelle en est la raison.

Qu'est ce qui amène donc aujourd'hui plus qu'hier à oser l'acte d'écrire ? Est-ce un jeu ou le « je »?

Des phrases courtes, des mots par-ci, par-là déposés sur un cahier, sur un carnet, qui ne l'a pas fait ? Des moments douloureux de la vie sont pour certains des possibilités d'écriture, pour d'autres ce sont des peintures ou des cris, des silences. Chacun essaie comme il le peut de se débrouiller avec ses fêlures. Les fêlés de la vie, nous en sommes tous. La différence tient parfois à l'intensité de la fêlure. La différence tient peut-être au désir. Alors oui, chacun de nous peut tomber du mauvais côté, peut choisir l'obscurité et subir la fêlure. Mais, il y a des rencontres dans la vie qui vous font choisir la lumière à l'obscurité. Ces rencontres sont des adresses, des adresses parfois insensées, des adresses que nous pouvons prendre la peine (ou la joie) d'aimer, auxquelles je ne me suis pas livré corps et âme mais avec un « je ». Le jeu du livre, du libre-air associé au « je » me permet de vous écrire.

Du libraire au livre, du livre à l'écriture, il n'y a qu'un pas. Un pas de côté, un pas de plus mais pas un pas de moins. Une seule certitude : du libraire à l'écriture, il y a du désir.

Le désir de lire, de regarder, d'être lu, d'être regardé. Est-ce le libraire, les libraires qui soutiennent quelque chose du désir d'écrire ? Je ne sais pas. Comment passer du besoin de lire au désir d'écrire ?

Il y a des questions qui nous font nous interroger et c'est cela qui compte. Tout comme compte à mes yeux les livres autant que les libraires. Les libraires de cette ville ont posé sur ma personne un regard bienveillant, empli de tendresse, un regard fraternel. Un regard empreint de désir qui fait qu'aujourd'hui j'ose l'écrire.

Alors je veux leur rendre honneur à ces personnages, ceux des librairies, ceux des livres... Je veux leur écrire combien j'aime les lire.

J'ai lu et je n'ai pas trouvé la réponse à la vie, la réponse à la mort, des réponses tout court. J'ai lu pour chercher et j'ai trouvé l'insensé. J'ai lu et navigué en eau trouble, en eau claire. J'ai lu et j'ai aimé, j'ai aimé aimer. J'ai lu et je ne peux dire ma vérité, je peux juste signifier mon désir d'essayer d'aimer. Aimer est peut être la seule vérité. J'ai lu pour oublier. J'ai lu et j'ai trouvé des personnages à détester. J'ai lu et j'ai couru. J'ai lu et j'ai pleuré de joie parfois avec intensité. J'ai lu pour retrouver ce que je croyais perdu et qui pourtant l'est à jamais. J'ai lu pour admirer celui ou celle que je cherchais. J'ai lu pour reconnaître que chacun peut espérer. J'ai lu aussi pour fabuler et continuer à imaginer. J'ai lu et écouté toute la musique que chaque auteur créait. Et, un jour, j'ai lu pour écrire. Aujourd'hui, j'écris. J'écris pour tous ceux qui ne peuvent pas, j'écris pour les mots, j'écris pour mes maux. J'écris pour ne pas crier, j'écris parfois pour ne pas pleurer et aussi pour créer. J'écris pour laisser une trace. Enfin, j'écris pour rendre compte de ma fragile humanité.

Icare Parribott

webmaster

19 août 2010 15:04
Nous avons reçu ce texte :

L’avis du livre



Si serré sur mon étagère, j’attends qu’on me délivre
Qu’un bibliomane à lunettes ait pour moi du béguin
Que je devienne pour lui son prochain bouquin
Car pour quelques écus, je suis prêt à le suivre

Si encore je pouvais me relire, pour oublier,
Fuir votre ignorance, quand on se croit singulier.
On peut-être le fils de Sagan ou de Malraux
Et souffrir parfois de votre indifférence à demi-maux

Que je sois Roman, Encyclopédie ou Que sais-je
Il se peut qu’une main experte me veuille
Je sens ses doigts sur moi, et voilà qu’elle m’effeuille
Ne pas lui offrir mon intimité, n’oserais-je ?

Je vénère mon lecteur depuis qu’il m’honore
Ma vie n’est plus la même, il me fait de l’effet
Je ne suis plus livre de librairie, mais livre de chevet
J’existe enfin, on me suit des yeux, on me dévore

On me fait connaître, on me prête, on s’attache
Je suis un de ces manuscrits que l’on s’arrache
J’appartiens à untel, à Monseigneur l’évêque
Mon âme a sûrement une valeur intrinsèque

J’aurais préféré vivre en bibliothèque, pour y être fréquenté
Avoir le coeur à l’ouvrage, une meilleure retraite
Jouissance abstraite d’une vie insatisfaite
Tourner la page est difficile, je vais être brocanté.

Mais le pire viendra peut-être : la foire aux livres
Moi qui aie connu la gloire, comment y survivre ?
Pour sûr, j’ai vieilli, jauni, mais je suis optimiste
S’il m’était donné de connaître un bouquiniste

Quel grand malheur s’il me manquait une ou deux pages
Jamais plus vous ne me verriez sur quelques rayonnages
Dommage, car j’ai connu tant de liseurs ravis,
Je n’en ferai pas un roman, je vous donne mon avis !

Alain Sangoï

webmaster

19 août 2010 10:18
nous reçu ce texte :

La bibliothèque

Marcher, au hasard des rues, un livre à la main.

S'arrêter, quand il faut, sur le bord d'un trottoir, le long d'un quai, à la terrasse d'un café ou même à l'ombre d'une église. N'importe où, mais au juste moment.

Ouvrir le livre sans chercher la page, suivre les phrases dans leur course, sauter avec elles d'une ligne sur l'autre, se laisser mener ainsi jusqu'au saint des saints, la bibliothèque ultime où tous les mots se retroussent, broyés par les deux meules inexorables du cerveau.

S'agenouiller pour recueillir les lettres éparses et puis, les doigts écartés, les regarder tomber, étoiles tout juste moissonnées.

Tendre l'oreille au murmure qui s'élève de leur chute pour tenter de saisir le message qu'elles distillent de lecture en lecture, d'errance en errance et dont, si on n'y prend garde, se repaît l'oubli qui nous guette.

Taurines Rispal
webmaster

19 août 2010 10:03
Nous avons reçu ce texte :

Autour de la cité, la campagne montalbanaise.
Cette campagne me plaît, à la citadine bruxelloise que je suis.
Je cherche donc à y vivre quelque temps des mois d’été, quand les tournesols se prennent pour le soleil.
Je consulte les catalogues des gîtes ruraux du Tarn et Garonne. Je me concentre sur Montauban et ses alentours. Je ne sais que choisir. Entre un gîte situé sur les coteaux, un autre qui « respire le bien-être de la campagne », un autre encore où les « gris et les saumons s’harmonisent à merveille »…
Et voilà que je tombe enfin sur une annonce incroyable, inattendue ! Un joli pigeonnier m’invite à profiter de sa terrasse, de son jardin, de sa piscine et … de sa bibliothèque ! Une bibliothèque ! Là, je n’hésite pas, je prends le téléphone et j’appelle la France. La propriétaire, charmante, me répond que ma famille sera la bienvenue.
Aujourd’hui, c’est mercredi, le 18 août 2010. Il me reste onze mois et demi pour imaginer ce qu’il y aura dans cette bibliothèque… Moi qui d’habitude emmène « ma » bibliothèque en voyage, cette fois, c’est une bibliothèque inconnue qui m’emmènera.

Pascale Toussaint

webmaster

12 août 2010 19:05
Nous avons reçu ce texte :

Librairie du Lutrin magique
Place nationale Montauban


Sans être un homme du passé je suis quand même sensible à l'architecture et à la mémoire d'un lieu.
Pour tout dire je préfère les vieilles pierres au préfabriqué, je privilégie la qualité à la quantité, en bref, j'aime mieux le tek que le toc.
Avec mon bâton de pèlerin à la main en quête d'un ermitage après bien des pérégrinations, j'avais fait une halte dans un havre de paix pour bibliophiles afin d'étancher ma soif de lecture.
Quoi de plus naturel pour un anachorète que de s'arrêter et de méditer dans un lieu chargé d'âmes qui portait l'empreinte d'une même famille depuis plus d'un siècle.
En effet, de père en fils ils avaient su au fil du temps tisser des liens d'amitié avec leurs clients tout en donnant lustre et patine à des générations de reliures.
C'était un lieu habité où les murs avaient de bonnes vibrations. Ils étaient d'un blanc immaculé comme les plafonds ce qui augmentait l'espace et le volume des pièces.
Les livres sont des êtres sensibles et délicats qui se nourrissent autant du regard du liseur que de l'empreinte de ses doigts.
Côté rue, la librairie avait une façade toute en pierre blanche qui rappelait le tuffeau de la Touraine.
Le nom de famille des propriétaires était gravé en lettres d'or au frontispice du bâtiment et résistait de façon héroïque à l'érosion du temps.
Le magasin arborait sans aucune ostentation deux grandes vitrines toujours décorées avec soin et avec goût.
Ces deux fenêtres ouvertes sur le Monde attiraient l'attention des passants qui s'arrêtaient et se laissaient aller à quelques instants de rêverie...
Dès qu'il franchissait la porte d'entrée le visiteur portait son regard sur des niches haut perchées qui avaient été spécialement creusées et aménagées dans les murs.

Là, se cachaient les ouvrages les moins accessibles pour le lecteur comme certains essais philosophiques destinés aux érudits ou des textes hindous traduits du sanscrit réservés aux seuls initiés.
Tous ces opuscules étaient sages et silencieux attendant celui ou celle qui allait les sortir de leur torpeur.
Les étagères étaient en bois précieux,palissandre et bois de rose recouvertes d'une soierie couleur safran.
La boutique proposait toutes sortes de bouquins:
des géants et des lilliputiens, des obèses et des rachitiques, des célèbres et des
anonymes, des opulents habillés d'or et de cuir, et des indigents emmitouflés
dans leur couverture en carton...
L'alignement presque parfait des ouvrages dans les rayonnages dessinait des figures géométriques sur les murs qui évoquaient des tableaux d'art abstrait tels qu'on pouvait les voir dans certaines galeries d'art moderne.
Cette impression était encore plus accentuée par la disposition des spots qui jouaient avec l'ombre et la lumière des volumes.
Dans la cave voutée par le poids des ans toute en brique rose le promeneur bucolique pouvait s'enivrer de poésie ou bien s'abreuver avec un guide sur les vins.
A l'étage, le fumet appétissant des livres de cuisine attirait les gourmets alors que les manuels scolaires avaient eux une odeur plutôt rébarbative.
Chaque mois les romans et les nouvelles étaient exposés dans la vitrine, puis une fois l'an, au moment des fêtes de Noël les contes et les livres d'art prenaient le relais. Ils étaient ouverts,épanouis comme des fleurs au soleil et posaient à la manière des mannequins pour le plus grand bonheur des passants .
Cette vitrine avec ses livres était pour moi comme un port avec tous ses bateaux et ses lumières, le vent se levait, la mer s'impatientait, il était urgent d'embarquer.



Jean-François Richard
Mercredi 28 juillet 2010

Webmaster

12 août 2010 14:58
Nous avons reçu ce texte :

Sésame, ouvre-toi !

Ali Baba surprend stockés en la caverne
Cent mille objets précieux. Il les partagera.
« Amis, dit-il, croquez : la vie n’est pas si terne
Qu’il faille tout laisser à l’appétit des rats… »

….

La librairie Deloche invite à la culture,
Livre à souhait ses trésors, au cœur comme à l’esprit.
Allons boire et goûter aux festins sans mesure
Dont la valeur pour nous, lecteurs, n’a pas de prix.

Apprenons à humer le parfum de la rose
Et plus riches serons que princes des pillards.
O livres, dites-nous la justesse des choses,
Vers vos parfums exquis menez-nous sans retard.

Contez-nous les héros, leurs épopées tragiques,
Prométhée le titan, la chanson de Roland,
Dites-nous Spartacus rebelle et magnifique,
Les histoires d’amour, l’amour toujours brûlant.



Gilbert Mazas

Webmaster

04 août 2010 11:35
Nous avons reçu ce travail graphique.

http://www.nonoko.fr/jillethanako/?p=6

(copier/coller dans la barre d’adresse de votre navigateur)

Webmaster

04 août 2010 11:34
Nous avons reçu ce texte.

AU MUSEUM DES CHOSES ECRITES (extrait)

La visite annuelle du Muséum des Choses Ecrites était une obligation faite à chacune des classes des Ecoles. Je l’avais accomplie moi aussi après qu’on m’eût arraché à mes parents et placé à l’Orphelinat Cathodique.
De mémoire d’édile, on n’avait jamais su quoi faire de l’ancien marché couvert de Villebourbon, tour à tour gare routière, théâtre privé, atelier de peinture… et quand il fut décidé d’enterrer le livre en grande pompe, il parut évident que ce serait le mausolée accordé à sa déchéance. La stratégie était étudiée : plutôt que l’interdiction, qui crée des résistances imprenables (les moines avaient enseigné aux Officiels les leçons de Hugo à Guernesey, des orthodoxes russes et de Fahrenheit 451), il s’avérait bien plus efficace, face à un peuple entièrement soumis aux suggestions de la mode, d’honorer l’écrit comme une coutume morte. « Si tu veux tuer un artiste, décore-le », apprenait-on à l’Ecole d’Administration.
Le rez-de-chaussée était entièrement tapissé par les portraits tridimensionnels des victimes de la littérature. Les yeux avaient particulièrement été travaillés pour effrayer les enfants. Dans ceux de Nerval brillait le soleil noir de la mélancolie, le regard de Baudelaire ouvrait sur l’abîme de l’aphasie qui ne lui laisserait bientôt plus qu’un mot, crénom !, les pupilles d’Artaud vous suivaient où que vous soyez et vous plantaient des épingles dans la nuque. « Mort fou ! » annonçait une voix sépulcrale quand on approchait de ces images. « Mort pauvre ! » répondait en face celle qui accompagnait la reconstitution de la chambre de Paul Léautaud, et pour que ça sente mieux la misère un diffuseur répandait un remugle d’urine de vieux et de chats. A côté, Rimbaud sur son lit d’hôpital marseillais puait la gangrène.
Suivaient le coin des morts en Seine (Paul Celan, Gherasim Luca, moi j’y aurai ajouté Molière, mais les Officiels étaient imperméables aux jeux de mots), l’allée des suicidées errantes, selon la classification décimale de Casimir Prat (j’y avais passé des heures à chercher sur leur beau visage la faille dans laquelle elles s’étaient englouties, Sylvia Plath, Alexandra Pizarnik, Marina Tsvétaïéva, la plus grande), et puis les morts absurdes : Mallarmé avalant sa langue (« enfin, dirent les jaloux), Malrieu mordu par une tique -si proche, celui-là, j’étais né dans sa maison (« une maison en flammes », écrivait-il), il y avait un poète que je pouvais toucher du doigt. A son méchant portrait on eût donné trois sous, et il serait allé les boire, j’aimais beaucoup cette idée-là.
Les morts de vieillesse n’intéressaient pas le Muséum, aussi lu qu’ils aient été. Ils ne rentraient pas dans le cadre de la démonstration, les Fontenelle, Hugo, Guillevic, Nadeau. Mais il y en avait heureusement tellement d’autres, des dizaines de regards perdus, des dizaines d’odeurs repoussantes. Pour sûr, les enfants étaient heureux qu’on les ait tenus éloignés du poison délétère de l’alphabet.
Peu s’aventuraient dans l’escalier de bois qui amenait à la galerie. C’était une large coursive qui avait été construite à l’intérieur, en symétrie de la marquise extérieure qui ceinturait le bâtiment, et où, dans des armoires qui obscurcissaient les fenêtres du premier étage, les livres s’amoncelaient sans ordre.
« -Pourquoi veux-tu que je les range, me dit Pier en se défaisant de sa blouse grise, personne ne les regarde. »
Et si de fait une petite fille plus aventureuse montait à l’étage et laissait doucement glisser les coussinets de ses doigts sur les tranches des livres, c’était malheur de penser que toujours elle ignorerait le code qui lui aurait permis de déchiffrer ce braille.

Philippe-Marie Bernadou.
Webmaster

16 juillet 2010 23:30
UN REVE PLACE NATIONALE

La rumeur bruissait depuis quelques jours : la Place Nationale deviendrait une bibliothèque imaginaire. Ses façades seraient remplacées par des livres illuminés ou enluminés. Ils raconteraient tous l’histoire de Montauban, sauf un, le seul à être ouvert sur deux pages blanches où chacun y verrait ce qu’il voudrait, sa propre vie, celle de ses proches et de sa famille, ses rêves les plus fous ou les plus intimes. On pourrait y voir sa propre mort, douce comme un souffle ou un chuchotement.
Ces livres seraient plombés pour l’éternité par l’air chaud de l’été. Leurs caractères disparaîtraient dans le ciel étoilé des soirées et des nuits étouffantes de Montauban.
La cadran solaire ne donnerait plus les heures et s’enfouirait sous l’épaisseur des livres accumulés depuis l’histoire de l’éternité. Les arcades disparaîtraient sous les livres qui pleureraient de leurs voûtes. Les vasques de fleurs deviendraient des livres fleuris.
Les rideaux seraient dentelés de livres qui s’éparpilleraient en tombant des fenêtres.
La Place Nationale deviendrait une mer de livres où viendraient s’étouffer tous les visiteurs et les lecteurs.
Mon verre vient de se briser dans un éclat de rire : mon rêve n’était qu’un rêve qui vient de mourir à la terrasse d’un café.

En hommage à Armand que j’ai très peu connu, personnage décalé en dehors de la cité, mais en même temps tellement Montalbanais.

Yann Le Sugeay

24 juin 2010 18:35
Autre texte que nous avons reçu

« Dans la famille Deloche, je voudrais le grand’père… »


« Dans la famille ‘Autrefois à Montauban’, je voudrais la librairie ‘Le Livre’ »
« Pioche… »

« A moi, dans la famille ‘Autrefois à Montauban’, je voudrais la librairie ‘Le Parchemin’ »
« Tiens… »

« Et la dernière : dans la famille ‘Autrefois à Montauban’ je voudrais la librairie ‘Claustre et Delfau’… »
« J’ai pas, pioche… » Il jubilait !

« C’est à moi, non ? »
« Vas-y… »
« Alors, dans la famille Deloche, je voudrais le grand’père… »
« Tiens… » Il fit glisser la carte sur le tapis sans mot dire.

C’était bien lui, avec son béret vissé sur la tête, dans son rayon papeterie, en entrant au fond à gauche, avec sa propre caisse dans le coin. Il était là, à conseiller plume, stylo, encre ou vélin.
Ce n’était pas n’importe qui, il parait qu’il y voyait la nuit et que même il avait été tête de colonne, tous feux éteints lors des fameux taxis pour la Marne. Vérité ou légende ? Qu’importe l’anecdote est à la mesure du personnage.

Je posai la carte avec les autres. Super, plus que trois…
« Dans la famille Deloche, cette fois ci, je voudrais le père… »
« Tiens… » Le ton était plus sec, il commençait à m’en vouloir !

Le voila, le visage expressif, buriné comme un masque grec, l’œil malicieux, le cheveu dru, il était incollable et savait vous dénicher – sans l’aide de google bien sûr ou autre moteur de recherche – un livre depuis longtemps introuvable comme ce bouquin sur les cadrans solaires qui était soudain devenu absolument indispensable à mon original de père !

« Dans la famille Deloche, aurais-tu par hasard le gendre ? »
« Voila. » Il fit à peine glisser la carte : c’était vraiment à contrecœur qu’il me la donnait. Il était mauvais joueur, et avait du mal à cacher sa déception.

Un nom du terroir pour ce poète, écrivain amoureux de Cadaqués, un Aramis qui a peut-être la tête dans les étoiles mais qui garde les pieds sur terre et n’a pas son pareil pour surfer sur le net.

« Et pour finir, Danielle, la fille… »
Son visage s’éclaira : « Pioche ! »
« Bonne pioche ! » Nerveux, il m’arracha presque la carte des mains pour vérifier… Dommage !!

Menue, regard pétillant, sourire espiègle, elle vous accueille au rez-de-chaussée et vous invite à revenir dans ‘‘la cave à lire’’. ‘‘Sa’’ cave à lire, un lieu qui peut paraître modeste mais qui est intime, habité, chaleureux où des auteurs, certains connus d’autres moins, sont invités à faire vivre leurs écrits. Moments inoubliables.

« J’ai une autre famille ! Ça y est, j’ai gagné !! »



Jean-Luc Daunac (juin 2010)
Webmaster

22 juin 2010 10:11
Voici un texte que nous avons reçu.

Enfant, le silence des bibliothèques, la pénombre, les chuchotements m’ont fait fuir la lecture. La solennité des lieux me faisait prendre mes jambes à mon cou. Mon imaginaire me suffisait, j’ai toujours aimé tutoyer l’imaginaire et déchirer les voiles gris du réel. Le corbeau noir que j’avais sur l’épaule et qui semblait lui aussi se régaler des bandes dessinées bon marché me croassait dans les oreilles que le monde des livres n’était pas pour moi. D’autres avaient la charge des rayonnages poussiéreux où ronronnaient ou se chamaillaient les auteurs. Un jour par un heureux hasard, mon chemin croisa celui du capitaine Achab, je tordis le cou du volatile et partis sur les mers chercher Moby Dick, Melville me faisait entendre l’océan déchaîné, le bruit de la jambe en bois sur le pont du Pequod, le dehors et le dedans du personnage. J’avais découvert la lecture, mais jamais, oh grand Dieu non, je n’aurais voulu retourner dans ces antres sentant le papier jauni et les mots empesés chargés de cérémoniaux auxquels le simple mortel ne peut que se sentir étranger. Les livres ne peuvent vivre qu’en pleine lumière, fussent-ils consacrés à des amours interdites ou au surnaturel. Adolescent au visage ingrat, j’ai passé plus de temps dans les romans que dans les corsages, aussi se sont-ils multipliés. Ma première bibliothèque où trônaient outre Melville, Valles, Caryl Chessmann et autres n’était faite que de planches écartées les unes des autres par des briques foraines, les ouvrages étaient posés, simplement posés, parfois entassés de guingois, prêts pour une nouvelle lecture, un nouveau voyage, un nouveau lecteur. Un peu plus tard, lors d’une aventure à deux, la bibliothèque fut remplacée par un meuble venant des forêts nordiques, tout au moins c’est ce que la publicité laissait entendre, j’eus plus de place et les bouquins qui étaient venus s’entasser au pied de ma table de nuit trouvèrent une nouvelle demeure plus confortable. Je ne range pas, ni le classement alphabétique ou par genre ne durent plus d’une semaine malgré le courage de ma compagne. Je sais où ils se trouvent, et il ne me faut guère plus de deux ou trois minutes pour trouver ce que je me suis mis en demeure de chercher. Est ce parce que je n’ai jamais coupé le lien avec les personnages ou les auteurs. Je lis… Chaque livre commencé est une immense terre vierge où viennent s’installer le connu et l’inconnu, où va pousser l’herbe grasse ou l’arbre centenaire, éclater le rire et le chagrin, car chaque livre est un peu de temps pris sur la médiocrité, un moment d’éternité volé aux anges, et celui-ci peut bien s’asseoir où il veut du moment qu’il est en pleine lumière, à la vue de tous. Bois de rose, chêne, orme, mélaminé, stratifié, châtaigner, les bibliothèques ne me donnent que ce qu’elles contiennent en elles. Une porte ouverte par intermittence dans laquelle viennent s’engouffrer mes neurones, cherchant les sens, remuant ma mémoire parfois dans un grand remue-ménage et toujours me portant vers l’autre. Pour lire, il faut aimer l’autre, car cette porte ne peut être ouverte que par lui, celui que l’on appelle l’auteur, le magicien du moment, celui qui fait que les mots s’agitent, s’animent, dessinent. Qu’importe l’endroit pourvu qu’il ne soit pas un sanctuaire, où ces derniers meurent de n’être pas mis en bouche, non le dortoir des mots est un port, un aéroport international qui n’attend que le voyageur, et au cas où le livre vous laisse en plan sur une terre inconnue, un conseil: prévoyez d’en prendre un autre pour rentrer à la maison. Choisissez son titre ou laissez-vous choisir par lui, si le voyage est long, que son contenu soit, épique, philosophique, sociologique ou extraordinaire, il vous ramènera à votre anneau d’accostage, s’il s’y refuse, faites un compromis avec le livre. Imposez des étapes, cinq pages de lecture contre un peu de réalité, huit autres pages contre le marché des producteurs du samedi des allées du Consul Dupuy de Montauban, la ville d’Olympe de Gouges. Si vous réussissez à l’apprivoiser, il vous accompagnera, acceptera de mettre un peu de couleurs sur vos ciels gris, il éclairera alors vos chemins obscurs, il se peut même, cela s’est vu qu’il change radicalement votre façon d’être, qu’il chamboule vos habitudes. Ne dites pas non et ne luttez pas. Quels que soient les contenus des ouvrages ils ne recèlent aucun sulfite et aucune migraine ne vous habitera comme après un mauvais vin. Et si pour finir il vous a plu, trouvez lui un autre lecteur, pour une autre étagère, une autre bibliothèque, une autre croisière.

Jacky Huiban Lagrois

webmaster

02 juin 2010 10:14
Autre histoire à Montauban.
http://jillethanako.blogspot.com/2010/05/interdit-14.html
Nonoko

12 mai 2010 09:34
Cette scène pourrait se passer à la bibliothèque.
http://jillethanako.blogspot.com/2010/04/astronomie.html
Je proposerai des images pour cette manifestation.
Nonoko

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