BLAST

Grasse carcasse

de Manu Larcenet

Blast se déroule durant la garde-à-vue à vue de Polza Mancini qu’on appelle aussi Grasse Carcasse.
Grasse Carcasse est gros. Très gros. Il a le Crâne chauve, un nez long et rouge de celui qui boit. Il est très laid. Il est soupçonné d’avoir fait beaucoup de mal à une femme prénommée Carole. On ne saura pas quoi. Pas encore. Les deux flics qui l’interrogent doivent supporter ses digressions et surtout le deal que Grasse Carcasse passe avec eux : “Si vous voulez comprendre, dit-il… Il faut que vous passiez par où je suis passé”.

Tout le récit, suit les pas de Polza, clochard volontaire après qu’il ait encaissé la mort de son père. Le personnage ne cherche pas à embellir ni à dissimuler sa lâcheté face au corps décharné de son père mourant, rongé par le cancer, dans un contraste saisissant avec son fils obèse. Polza se gave de barres chocolatées, se noie dans l’alcool, part à la recherche de lui-même hors des chemins communs de la vie. Il cherche à rejoindre l’Île de Pâques et ses statues massives et insondables, qui veillent à distance sur son aventure depuis qu’il a vécu son premier Blast.

Le Blast en question est une sorte d’hallucination, de transe ou de délire qui foudroie pour la première fois Polza alors qu’il est transi de froid sous une pluie battante, imbibé d’alcool, qu’il se débat dans son malaise après avoir visité son père mourant. A la manière d’un drogué qui se met la tête à l’envers pour atteindre encore et encore son état de plénitude, Polza essaie de provoquer de nouveaux Blasts, mais c’est pas simple.

Ce qu’il y a formidable dans cet album, c’est que la vérité dépasse les mots et les dialogues. La vérité des êtres et des sentiments, des actes et des hallucinations se niche dans les silences, les poses, les séquences où Polza se contente de vivre et de laisser son humanité se contracter. Et ce n’est pas un hasard si son seul ami, le serbe Bojan, est presque incompréhensible et que leur communication se passe le plus souvent du moindre mot.

Manu Larcenet a un réel talent pour rendre vivant des personnages hors-normes. Tout comme Polza semble maîtriser les mots et les silences, Larcenet semble avoir atteint avec Blast le sommet de son art. Chaque page respire la perfection. Tout semble calculé au millimètre, afin d'obtenir un récit d'exception. À chaque page que l'on tourne, on est bluffé par cette maîtrise, cette faculté à rendre le noir toujours plus noir, ces contrastes toujours plus intenses, à changer de rythme, à nous plonger toujours plus profondément dans cette ambiance sordide.

Un album magistral.

Aux editions Dargaud, 22 €

Roman graphique. Ado/adultes. 21X28 Cm. Cartonnée. Couleur. 208 pages.
Une série en 5 tomes.


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